Cette année les bénévoles de l’ACROLA sont partis en
Pologne retrouver Joanna Dziarska-Palac, bagueuse polonaise et membre de
l’ACROLA, afin d’essayer de marquer le plus grand nombre de Phragmites
aquatiques Acrocephalus paludicola,
mais aussi de découvrir les sites de reproduction ainsi que les importants
moyens déployés pour la protection de cet oiseau, « Wodniczka » en
polonais.

Phragmite aquatique
adulte dans le Parc de Biebrza

Au total 7 personnes ont participé à cette mission qui s’est déroulée du 15 Juin au 15 Juillet. Aucun de nous n’avait eu l’occasion d’aller en Pologne auparavant et nous sommes tous restés ébahis devant cette nature si généreuse : les zones de marais y sont omniprésentes, souvent très riches : la Guifette leucoptère, le Butor étoilé, la Marouette ponctuée, le Râle des genêts ou la Bécassine des marais font partie des espèces banales que l’on retrouvait à chaque marais ! Sans oublier la Cigogne noire ou la Grue cendrée, bien présentes, qui nichent dans de vieux bosquets inondés. La flore est riche et l’entomofaune pullule, nous observions souvent des nuages de libellules… L’agriculture productiviste de ces dernières décennies ne semble pas encore avoir complètement ravagée ce coin de paradis, et ainsi les routes sont bordées d’arbres, de prairies, de champs de blé, mais aussi de champs entiers de bleuets ou de coquelicots…

Le hasard fait parfois bien les choses, dès le lendemain de notre arrivée à Varsovie et après avoir rencontré l’équipe du projet LIFE+ « Wodniczka i biomasa » nous avons été chaudement accueillis à la conférence sur le Phragmite aquatique organisée par le ministère de l’environnement afin de nous présenter ainsi que le but de notre venue.

A gauche devant les bureaux d’OTOP à Varsovie avec l’équipe de projet LIFE+ « Wodniczka i biomasa » ; à droite avec Patricja du ministère de l’environnement (GDOS) lors de la conférence au Parc National de Campinos.

Après s’être présentés auprès des différents acteurs travaillant à la conservation de cet espèce, nous sommes partis sur le terrain, direction le Sud-Est de la Pologne, la région de Lublin, plus particulièrement les marais à l’Est de Chelm, où un Phragmite aquatique bagué à Donges en 2011 a été contrôlé en 2012 (n°3 sur la carte). En chemin nous nous sommes arrêtés pour prospecter des sites à proximité de Zelizna (n°1) ainsi que dans les marais de la vallée de la rivière Tysmienica, à côté de Belzac (n°2). Nous avons passé 2 jours à Zelizna, 3 jours à Belzac et 7 jours à Chelm. Nous sommes ensuite remontés à Varsovie pour récupérer des membres d’ACROLA à l’aéroport afin de rejoindre le Parc national de Biebrza, « terre promise » des Phragmites aquatiques. Nous avons pu baguer sur les réserves OTOP (http://www.otop.org.pl/english-version/) en périphérie du Parc, Msichy (n°4), Szorce (n°5) et Zajki (n°6) ainsi qu’à Bagno Lawki (n°7) au cœur du parc, gigantesque prairie humide connue pour être parmi les plus importantes densités de Phragmites aquatiques en Europe (1498 mâles chanteurs estimés en 2011, P. Marczakiewicz).

Carte des sites où des Phragmites aquatiques ont été bagués

Côté captures, nous avons bien vite compris que capturer Wodniczka sur son site de reproduction n’était pas chose facile. Il faut cibler un oiseau à la fois, ce qui implique de déplacer les filets après chaque capture (ou tentative…). La chaleur du climat continental ainsi que la faible portance des sols tourbeux, marécageux et inondés n’aidaient en rien nos déplacements. Cela pourrait se résumer sous la forme : « un Phragmite aquatique, c’est une heure d’effort et un litre de transpiration ! ».

Jeune Phragmite
aquatique fraîchement sorti du nid

Malgré les conditions de terrain difficiles, nous avons pu
capturer 71 Phragmites aquatiques, dont 63 adultes 61 mâles, 1 femelle, 1
indéterminé) et 8 jeunes. Seulement 26 oiseaux d’espèces différentes ont été
capturés ; 13 Phragmites des joncs Acrocephalus
schoenobaenus
, 7 Bruants des roseaux Emberiza
schœniclus,
5 Locustelles tachetées Locustella naevia et 1 Hirondelle rustique Hirundo rustica.

Bilan des captures par site

Parmi ces 71 Phragmites aquatiques, 9 étaient porteurs d’une
bague, 4 polonais : 3 avaient été bagué mâle adulte sur le même site en
2012, un avait été bagué poussin en 2011 à 16 km de là ; vient ensuite 3
français : tous les trois bagués en Loire-Atlantique, 2 sur le Lac de
Grandlieu jeunes, 1 en 2010 et 1 en 2011, ainsi qu’un bagué à Donges jeune en
2010 ; et pour terminer 2 oiseaux bagués dans le Nord-Ouest de l’Espagne,
un bagué jeune en 2011à San Miguel de Montañan et l’autre bagué jeune en 2012 à
Fuentes de Nava.

L’équipe à Bagno Lawki, Parc National de Biebrza

Cette mission a également permis de prendre les nombreux
contacts nécessaires à l’élaboration d’un partenariat durable dans une optique
de conservation de l’espèce. Nous espérons désormais que certains de nos
oiseaux vont se faire contrôler, ou même que nous allons en retrouver un ou
deux à Donges ou mieux, en Afrique ! Les migrateurs n’ont pas de
frontières, et nous le prouvent encore une fois. Il est fascinant de voir les
efforts que nous devons déployer pour réussir à suivre ces oiseaux d’une
dizaine de grammes de la Pologne à l’Afrique…

Un grand merci à tous
ceux qui nous ont aidés : Dariusz Gatkowski, Patrycja Kinga, Janusz
Kloskowski, Jarek Krogulec, Justyna Kubacka, Piotr Marczakiewicz & Roman Skapski.